Recommandations pour les risques auxquels la Tunisie fait face.

Coronavirus: Quelques recommandations pour les risques auxquels la Tunisie fait face

Article par Dr. Hela Mzoughi, professeur adjointe de Méthode Quantitative à Carthage Business School, au sein de l’UTC – Université Tunis Carthage. Les recherches de Dr. Mzoughi portent sur l’application des méthodes quantitatives en gestion et la modélisation des phénomènes financiers et plus précisément sur l’étude de la performance des stratégies des « Hedge Funds » en période de crise.. Parmi les cours qu’elle enseigne à la CBS-UTC figurent Analyse de Données, Économétrie, Économétrie des Marchés Financiers, Statistique et Probabilité de la Finance.


Depuis l’apparition du Coronavirus il y’a plus de deux mois dans la province du Wuhan en Chine, le monde entier est en alerte. Le nombre de foyers épidémiques ne cesse d’augmenter. Le 11 mars, le directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), a déclaré lors d’une conférence de presse à Genève, que l’OMS s’inquiète des « niveaux alarmants de propagation et d’inaction » et estime que la menace à l’international est désormais “élevée” et non “modérée”. Le message affirme, suite à l’évolution exponentielle du nombre des contaminations, que l’épidémie du COVID-19 est désormais considérée comme une pandémie. Au moment d’écrire ces mots, un dernier bilan établi lundi 25 mars à 20h fait état de plus de 401.285 cas d’infection comptabilisés dans 175 pays et au moins 18.040 morts depuis le début de l’épidémie de coronavirus. Le nombre de contaminations total dépasse celui de l’épidémie du Syndrome Respiratoire Aigu Sévère (SRAS) de 2002-2003 qui avait fait quant à lui 5 327 infections. En revanche, le coronavirus est plus mortel (349 pour le SRAS). Pour l’instant les tests sur les vaccins de ce virus ont commencé ; mais leur validation nécessite de 9 à 18 mois.
Au delà de l’aspect sanitaire, c’est également l’économie planétaire qui est touchée. Trafic aérien et maritime à l’arrêt et commerce en baisse… est-ce une alerte pour une crise économique?

L’économie mondiale est mise à genoux !!

L’Organisation de la Coopération et de Développement Économiques (OCDE) a averti le 12 mars, après la première estimation de l’impact de la pandémie sur la croissance mondiale, que le COVID-19 met “l’économie mondiale en danger”. En effet, l’organisation économique a ramené, lundi 2 mars, sa prévision de croissance planétaire de 2,9 % à 2,4 %. La Chine perd 0,8 point à 4,9 %. Dans la zone euro, la prévision de croissance recule de 0,3 point, à 0,8%. Dans cette région, l’Italie est ramenée à une croissance nulle. Les États-Unis semblent résister un peu mieux avec une révision de sa croissance de seulement 0,1 %. En comparaison avec 2003, l’épidémie de SRAS avait eu des effets bien plus modérés et avaient causé un ralentissement de l’économie chinoise de 1,2 % et de 0,2 % au niveau mondial.
Étant renforcé par la guerre des prix lancée par l’Arabie saoudite, le baril de brut plonge et passe, lundi 9 mars, sous la barre des 30 dollars. Selon l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), la demande de pétrole devrait fortement baisser avec “la contraction profonde de la consommation pétrolière en Chine (14 % de la consommation mondiale et 80 % de la croissance de la demande) et des perturbations importantes des voyages et du commerce dans le monde”. Les autres énergies devraient également être affectées par la crise, précise l’AIE.

L’accroissement du nombre des contaminations dans le monde, le krach pétrolier et l’appréhension d’une récession économique mondiale ont conduit à la chute des marchés boursiers les uns après les autres. Le 16 mars a été marqué par une chute inédite de 9.7% de la Bourse australienne, des pertes de 5,75 % sur la Bourse de Paris, de 4,71 % à Londres et de 5,31 % à Francfort. Aux États-Unis, Wall Street a encaissé une des pires séances de son histoire. Son indice vedette, le Dow Jones, s’est effondré de 12,93 % ; sa plus lourde chute depuis 1987.
Au niveau micro-économique, les entreprises les plus dépendantes des importations, ainsi que le secteur du tourisme, dénoncent le choc. Le secteur aérien, quant à lui, pourrait perdre entre 63 et 113 milliards de dollars, selon les estimations des institutions mondiales. Les grandes entreprises mondiales font, déjà, état de pertes de plusieurs centaines de millions de dollars. En France par exemple, 3 500 entreprises (60 00 salariés), dont beaucoup de PME, ont demandé à recourir au chômage partiel.

Mesures prises à l’échelle mondiale …

La santé de la Chine, premier importateur de matières premières de la planète et usine du monde, impacte toutes les industries et tous les services. Face aux difficultés économiques, les autorités et institutions publiques mettent la main à la poche pour assurer l’urgence et tenter de maintenir l’économie. L’OCDE appelle les gouvernements à soutenir les entreprises pour éviter d’aggraver le recul dans l’activité économique. “Les gouvernements doivent prendre des mesures efficaces, en mobilisant des moyens suffisants, pour prévenir l’infection et la contagion”, et de “préserver les revenus des groupes sociaux et des entreprises vulnérables pendant l’épidémie”, prévient l’organisation internationale.
De leur côté, les banques centrales tentent de rassurer les places financières toutes orientées à la baisse. La Banque Mondiale prévoit jusqu’à 12 milliards de dollars pour soutenir les systèmes de santé et les économies des pays en développement affectés. La Chine a débloqué 43 milliards de dollars pour aider ses entreprises, le Japon quatre milliards de dollars, l’Angleterre 35 milliards d’euros et l’Italie 25 milliards d’euros. Aux États-Unis, la Fed va baisser ses taux d’intérêts pour faciliter l’accès au crédit des acteurs économiques, qui bénéficieront aussi d’une suspension de trois mois de taxe sur les salaires, soit plus de 300 milliards de dollars. L’Union européenne a annoncé un fonds d’investissement de 25 milliards d’euros.
Quant à la France, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire assure être prêt à “débloquer ce qu’il faudra” pour venir en aide aux entreprises françaises. “Nous ferons preuve d’une solidarité totale vis-à-vis de tous les entrepreneurs qui aujourd’hui sont en première ligne”, a-t-il assuré. Ces paroles sont effectivement soutenues par celles du Président Emmanuel Macron ; le 16 mars 2020, en affirmant la guerre sanitaire et en débloquant des fonds de 30 milliard d’euro et en reportant les cotisations et les impôts.

Les derniers chiffres clés sur le Coronavirus en Tunisie

Le ministre de la Santé, Abdellatif Mekki confirme le 2 mars un premier cas de coronavirus. Et depuis, il a été décidé de placer en quarantaine de nombreuses personnes soupçonnées d’avoir contracté le COVID-19. Le nombre des individus testés positifs au coronavirus COVID-19 vient d’être revu à la hausse passant à 173 cas recensés le 25 mars 2020. Le nombre des personnes mis en quarantaine ne cesse d’augmenter et on risque d’avoir plus des personnes touchées par le coronavirus.

Quel impact du Coronavirus sur l’économie tunisienne

L’article publié par Hakim Ben Hammouda & Mohamed Hédi Bchir le 16 mars dans Leaders présente une étude basée sur la simulation de deux modèles économiques et visant à faire des simulations selon plusieurs scénarios possibles. Elle cherche également à proposer les grandes lignes d’un programme de sauvetage de notre économie et de nos entreprises face aux conséquences socio-économiques de cette pandémie. « Cette crise va avoir des conséquences importantes et occasionner des pertes sans précédents de PIB qui peuvent varier de 1,65% jusqu’à plus de cinq points de PIB par rapport aux dernières projections de croissance du FMI. Cette perte pourrait atteindre en dinars courants dans le scénario le plus élevé jusqu’à 6,6 milliards de dinars. Cette crise sanitaire va également avoir des effets négatifs sur le chômage qui va connaître une croissance qui pourrait varier entre 1,53 et 4,15%, prévoient les auteurs. « Notre pays va subir également une baisse importante de la consommation locale qui pourrait varier dans nos simulations entre -1,56% et -5,23%. » ajoutent-ils.
Pour bien voir de tout près les impacts de ce choc sanitaire mondial sur la Tunisie, une étude du tissu économique tunisien est nécessaire. Plusieurs rapports tels que celui de la BIAT « Note de conjoncture économique » publié en Octobre 2019 ou ceux de l’Agence de Promotion de l’Industrie et de l’Innovation peuvent nous être utiles. En effet, L’industrie, l’agriculture et le tourisme représentent les secteurs clés de l’activité économique.
Quant à l’industrie, la Confédération des Entreprises Citoyennes de Tunisie considère que la population des PME (entre 6 et 200 employés), “se positionne comme un véritable levier de l’économie tunisienne aussi bien pour la croissance, l’export, l’investissement, l’emploi que pour l’innovation”. Dû aux perturbations qui vont toucher l’offre et ses conséquences négatives sur le fonctionnement des marchés, plusieurs entreprises vont connaître une diminution dramatique de leur production qui pourrait se perpétuer jusqu’à leur arrêt. De même, il faut noter que l’approvisionnement en matières premières sera également perturbé ce qui va avoir des effets sur la production. De plus, cette crise va causer l’arrêt du trafic aérien et maritime entre la Chine et la Tunisie et sera à l’origine d’importantes pertes de valeurs globales et d’un ralentissement de la production. La crise sanitaire est en train de devenir une crise économique globale !
Qu’est ce qui peut arriver à tous ces salariés une fois que les industries essentielles à la vie du pays soient fermées ? Comment peut-on combler ce déficit qui vient aggraver la situation économique du pays ?
Le chef du gouvernement Elyes Fakhfakh ainsi que le président de la république Kais Said ont annoncé des batteries de mesure en vue de lutter contre le coronavirus. Parmi ces mesures, on peut citer à titre d’exemple : le recours au travail selon la séance unique à raison de 5 heures par jour selon 2 plages horaires distinctes et le couvre feu…etc Une fois que la situation s’aggrave, le pays est obligé de payer cher la fermeture totale des commerces et le maintien de nombreux salariés à domicile !!
L’agriculture, quant à elle, l’approvisionnement est jusqu’à présent maintenu. Cependant, toutes transactions d’exportation est un vrai danger. En effet, en raison de la propagation de coronavirus, le 12 mars l’union européenne arrête provisoirement l’achat du poisson tunisien. Les syndicats tunisiens concernés par l’industrie alimentaire (UTICA) et le secteur agricole et de la pêche (UTAP) appellent les autorités à former une cellule de crise. De ce fait, la commercialisation des produits et de l’aquaculture de la Tunisie va être affectée sur le marché international.

Le tourisme a contribué de l’ordre de 14.2% du PIB tunisien durant 2019, selon l’article paru le 18 juin 2019 dans l’économiste maghrébin. Autre que l’entrée en devises, ce secteur a un impact social touché par l’offre d’emploi. Ainsi, on estime que 9.4% de la population active travaille dans ce secteur. D’après l’étude réalisée par KPMG, il y a 100.000 emplois directs (activités liées directement au tourisme) et 289.000 emplois indirects (activités satellites du secteur). Les recettes liées au tourisme sont, avec les exportations, un des pourvoyeurs d’entrée des devises dans le pays. Ainsi, en 2019, le taux de couverture du déficit commercial par les recettes touristiques a atteint les 21.1%.

La Tunisie : des défis à soulever !!

L’article de l’économiste maghrébin publié le 16 mars affirme la nécessité de la création d’une cellule de crise interdépartementale à vocation économique et sociale présidée par le Chef de gouvernement, avec les partenaires sociaux UGTT et UTICA, … pour estimer l’intensité du phénomène et son effet sur tous les secteurs, prioriser les intrusions, présenter des plans et des calibres et en accompagner la réalisation. C’est à cette cellule que reviendrait de proposer les mesures adéquates. En effet, une mesure est avancée par la Banque centrale tunisienne, inspirée par la démarche suivie par l’organisme mondiale, pour revoir à la baisse son taux d’intérêt directeur de 100 points de base qui passe le 17 mars à 6.75%. Par la suite, le 19 mars, la Banque centrale tunisienne a annoncé son intention de donner aux institutions la possibilité de reporter la libération des annuités des emprunts déjà dues pendant la période allant de début mars à fin septembre 2020 et de modifier le calendrier de paiement en fonction des capacités de chaque bénéficiaire. Décisions non surprenantes vue que tout indique qu’aucun ne sera épargné bien que des secteurs soient plus exposés au risque que d’autres !
Si à l’échelle mondiale, le Coronavirus a été à l’origine de la diminution du prix du pétrole et du bouleversement de l’activité des bourses, à l’échelle nationale, on a remarqué un accroissement des prix de certains produits comme l’ail même si le Ministère du Commerce rassure la population de quant à l’approvisionnement régulier des commerces en produits alimentaires et agricoles. Il ne faut pas négliger le rôle de l’Etat pour résister face à ces mouvements irrationnels et opportunistes !
Toute une série de mesures peuvent être prises pour amortir l’effet rude du choc causé par la pandémie coronavirus. L’objectif de toutes ces mesures est très clair : entretenir les PME, préserver le rythme de croissance et protéger les emplois. En effet, l’Etat est invité à créer des fonds de secours pour les entreprises et les salariés pour les aider à s’adapter à ce néfaste changement climatique. Ces fonds vont du report des paiements des échéances fiscales et sociales et des crédits, aux réductions d’impôts, à la prise en charge d’une partie de la rémunération des salariés en chômage technique, …
La Bourse des Valeurs Mobilière Tunisienne est un marché fragile et très sensible aux chocs. De ce fait, les autorités régulant le marché boursier et financier en Tunisie sont invitées à surveiller de très près, d’une part, les transactions spéculatives et essayer d’encourager, d’autre part, les échanges sur les titres liquides pour protéger notamment les petits investisseurs.
La propagation drastique de la nouvelle souche représente une vraie menace sur le tourisme en Tunisie. Les impacts sociaux du tourisme sur la croissance sont appréhendés à travers la création d’emplois, l’image de la Tunisie à l’étranger, …Il faut s’appuyer sur le « savoir faire historique », forte de plusieurs expériences telles que la révolution de 2011, la crise mondiale de 2008,…Il faut suivre la stratégie bien ficelée de l’ancien ministre René Trabelsi qui a pu réaliser un record selon les chiffre en 31 décembre 2019, soit une évolution de 13.6% malgré les difficultés d’ordre économique et social. La Tunisie dispose de nombreux atouts qui lui permettent d’attirer des touristes de tous les endroits du monde. La croissance de 2019 peut faciliter l’amortissement du choc sanitaire dans les plus brefs délais car le système de bouche à oreille marche très bien.
Pour les secteurs de l’agriculture et de la pêche, la Tunisie va devoir affronter durement le défi de trouver rapidement de nouveaux marchés, autres que les marchés européens, notamment pour des produits périssables et dont la conservation coûte cher au pays.